Le GR67, officiellement baptisé « Tour du Pays cévenol », est une boucle de 125 kilomètres qui part d’Anduze, fait le tour des Cévennes gardoises en passant par la Lozère, et revient à son point de départ en 7 étapes. Altitude maximale de 1 168 mètres, dénivelé cumulé d’environ 3 690 mètres, crêtes, drailles de transhumance et villages de schiste : c’est le plus complet des itinéraires circulaires du massif, et paradoxalement l’un des moins fréquentés.

Là où le GR70 suit la trace de Stevenson du nord au sud, le GR67 dessine une boucle : nul besoin de rejoindre un point d’arrivée distant, on revient à sa voiture ou à son gîte par ses propres pas. C’est aussi un itinéraire de mémoire — il traverse le pays camisard — et un itinéraire de paysages façonnés par des siècles d’agropastoralisme. Voici tout ce qu’il faut savoir pour le préparer.

Le GR67 en quelques chiffres

Le Tour du Pays cévenol est un sentier de grande randonnée de boucle, à cheval sur 2 départements, le Gard et la Lozère. Il traverse le Parc national des Cévennes et se déroule sur le versant méditerranéen du Massif central, à l’ouest d’Alès.

Caractéristique Donnée
Distance 125 km (Cévennes Tourisme, Parc national) ; 121 km selon le tracé Wikipédia
Type de parcours Boucle, départ et arrivée à Anduze
Durée officielle 7 étapes (5 à 6 jours pour les bons marcheurs)
Dénivelé positif cumulé Environ 3 690 m (GR-Infos)
Altitude minimale 120 à 129 m, à Anduze
Altitude maximale 1 168 m
Départements traversés Gard et Lozère
Saison conseillée De mars à octobre
Cartes IGN 2641ET, 2740ET, 2741ET, 2841O

Deux repères à retenir : la boucle se situe presque intégralement entre 600 et 1 100 mètres d’altitude, et Anduze en est à la fois le point le plus bas et le point de départ usuel, en raison de ses facilités d’accès.

Une boucle au départ d’Anduze, porte des Cévennes

Tout commence — et tout finit — à Anduze, la « porte des Cévennes », célèbre pour ses vases de terre vernissée, sa halle et sa tour de l’horloge. La ville offre une base logistique idéale : commerces, hébergements et un gîte d’étape, le gîte du Luxembourg, installé 11 rue du Luxembourg, qui sert historiquement de point d’appui aux randonneurs du GR67 et aux vététistes qui en parcourent la version VTT.

Partir en boucle change la logistique du voyage : pas de retour en train ou en car à organiser depuis un terminus lointain, pas de navette entre 2 points. On laisse son véhicule à Anduze, on marche une semaine, on revient. Pour situer ce GR dans le réseau plus large des sentiers du massif — GR70, GR7, GR66, sentiers de pays —, notre page d’ensemble sur la randonnée dans les Cévennes donne les comparaisons utiles entre itinéraires.

Le sens horaire, décrit par les guides, fait d’abord monter le sentier d’Anduze vers les crêtes du nord, avant un grand arc par l’ouest et le sud. Rien n’interdit de le parcourir dans l’autre sens : seule la répartition des montées et des descentes change.

L’itinéraire : les 7 étapes du Tour du Pays cévenol

Le découpage officiel publié par Cévennes Tourisme compte 7 étapes. Dans le sens horaire, le sentier relie successivement les communes et cols suivants :

  • Anduze → Monoblet → Saint-Félix-de-Pallières : sortie de la plaine du Gardon, premières châtaigneraies, villages de schiste accrochés aux pentes.
  • Col du Rédares → Colognac → Les Plantiers : montée régulière vers les hautes terres, ponts anciens et moulins en fond de vallée.
  • Col de l’Asclier → col de l’Homme Mort → Aire-de-Côte : la partie la plus haute et la plus spectaculaire, sur les crêtes et les drailles, à proximité du massif de l’Aigoual.
  • L’Hospitalet → col des Faïsses → Barre-des-Cévennes : entrée en Lozère, landes et panoramas sur la corniche des Cévennes.
  • Col du Plan de Fontmort → col des Laupies → montagne des Ayres : crêtes lozériennes, forêts et grands espaces ouverts par les troupeaux.
  • Le Pradel → Canteloup → col d’Uglas : retour progressif dans le Gard, entre forêts de chênes et vallons.
  • Mialet → Mas Soubeyran → Bambouseraie en Cévennes → Anduze : descente finale en plein pays camisard, le long du Gardon de Mialet.

Le GR67 partage par endroits son tracé avec le GR6 et le GR7 : au col de l’Asclier, le pont moutonnier — un pont de pierre aménagé pour le passage des troupeaux — est ainsi emprunté par les 3 sentiers. Ce nœud d’itinéraires en fait un point de croisement stratégique pour qui veut raccourcir ou prolonger sa boucle.

Pour une découverte plus courte, Cévennes Tourisme propose un format « sud » en 3 étapes : jour 1, de l’Asclier à Colognac (10,5 km) ; jour 2, de Colognac à Anduze (19,5 km) ; jour 3, d’Anduze à Mialet (9,5 km). Une bonne porte d’entrée avant de se lancer dans le tour complet.

Troupeau de brebis sur une draille bordée de murs de pierre sèche, franchissant un vieux pont de pierre au-dessus d'un ruisseau cévenol.
Au col de l'Asclier, le pont moutonnier est emprunté par les GR 6, 7 et 67 : à la fin du printemps, les troupeaux en transhumance vers les estives du mont Aigoual y croisent encore les randonneurs.

Schiste, granit et faïsses : un paysage façonné par la main de l’homme

Le long du GR67, le relief alterne schiste et granit, et le paysage est entièrement travaillé par l’activité humaine. Les terrasses — les fameuses faïsses ou bancels — ont été édifiées pierre par pierre pour retenir des parcelles de terre arrachées à la pente. On y plantait le mûrier pour les vers à soie, la vigne et les céréales, et surtout le châtaignier, l’« arbre à pain » des Cévennes.

L’habitat suit la même logique : maisons de schiste ou de granit couvertes de lauzes, qui semblent pousser du sol. Ce bâti vernaculaire, au service du quotidien et de l’utile, fait partie des paysages d’agropastoralisme qui ont valu aux Causses et aux Cévennes leur inscription au patrimoine mondial de l’UNESCO. Les villages de schiste du Gard et de la Lozère, que le sentier traverse en plusieurs points, offrent les plus beaux exemples de cette architecture.

Les grands espaces ouverts que le randonneur traverse sur les crêtes ne sont pas non plus une nature vierge : ce sont des pelouses et des landes entretenues par les troupeaux de brebis, dont la transhumance emprunte encore les drailles à la fin du printemps, en direction des estives du mont Aigoual. Croiser un troupeau au col de l’Asclier en mai ou juin reste un spectacle fréquent.

Sur la route des Camisards : mémoire protestante et patrimoine

La partie sud de la boucle plonge dans le pays camisard. Mialet, traversée par le Gardon, conserve son pont des Camisards et sa grotte de Trabuc ; le village fut l’une des places fortes de la résistance huguenote au début du XVIIIe siècle. Tout autour, les vallées ont vu les assemblées clandestines du Désert, ces cultes protestants interdits célébrés en pleine nature entre 1685 et 1787.

Au Mas Soubeyran, hameau de Mialet que le sentier côtoie, le Musée du Désert occupe la maison natale de Pierre Laporte, dit Rolland, l’un des chefs camisards. Inauguré en 1911, ce musée de la Société de l’histoire du protestantisme français rassemble la mémoire huguenote — bibles interdites, chaires portatives, registres clandestins ; le hameau, classé dès 1936 pour son intérêt architectural, culturel et naturel, a reçu le label Esprit Parc national en 2021. Chaque année, le premier dimanche de septembre, l’Assemblée du Désert y réunit 15 000 à 20 000 protestants pour un culte en plein air, dans l’esprit des assemblées interdites. Pour prolonger cette lecture du paysage, notre article sur les temples protestants du Désert cévenol raconte comment cette histoire s’est inscrite dans les pierres des villages traversés par le GR67.

Village cévenol de maisons en schiste au fond d'un vallon, avec un clocher de temple et des terrasses de culture en automne.
Mialet et la vallée du Gardon, en pays camisard : la partie sud du GR67 traverse les hauts lieux de la mémoire protestante, du pont des Camisards au Musée du Désert du Mas Soubeyran.

Enfin, juste avant le retour à Anduze, le sentier passe près de la Bambouseraie en Cévennes, à Prafrance (commune de Générargues) : un jardin exotique de 34 hectares planté à partir de 1856 par Eugène Mazel, passionné de botanique, dont la « forêt » de bambous géants forme une cathédrale végétale inattendue au sortir des châtaigneraies. Une pause d’une demi-journée qui s’accorde bien avec la fin d’une boucle exigeante.

Difficulté, dénivelé et logistique : préparer sa semaine

Le GR67 n’est pas un sentier technique — pas de passage d’escalade ni d’arête aérienne — mais il est exigeant physiquement. Avec environ 3 690 mètres de dénivelé positif cumulé et des étapes souvent longues, il s’adresse aux randonneurs capables de marcher 6 à 7 heures par jour avec un sac. Cévennes Tourisme signale que certaines parties du chemin sont escarpées : de bonnes chaussures et des bâtons ne sont pas un luxe.

Côté organisation, quelques points concrets :

  • Hébergement : le parcours est jalonné de gîtes d’étape, mais ils sont distants de 25 à 35 kilomètres les uns des autres. Réservez avant de partir, surtout de juin à septembre, et adaptez votre découpage aux hébergements réellement ouverts.
  • Cartographie : 4 cartes IGN au 1:25 000 couvrent la boucle (Mont Aigoual 2641ET, Corniche des Cévennes 2740ET, Saint-Hippolyte-du-Fort 2741ET, Anduze 2841O).
  • Topoguide : la Fédération française de randonnée pédestre couvre le GR67 dans le topoguide n° 603 « La grande traversée du Gard — Mont Aigoual — Pays cévenol » (juin 2013, 152 pages) ; une réédition était à l’étude en 2022 — vérifiez la disponibilité avant le départ.
  • Ravitaillement : les commerces sont rares entre Anduze et Barre-des-Cévennes ; prévoyez les réserves d’eau et de nourriture en conséquence.
  • VTT : la pratique est tolérée sur ce GR ; gr67.com décrit une boucle vététiste d’environ 140 kilomètres en 3 ou 4 étapes.

Enfin, l’eau est le point de vigilance principal : en été, la chaleur et les sources taries exigent de partir avec de larges réserves ; à l’automne, les ruisseaux peuvent gonfler brutalement.

Quand partir : saisons, transhumance et orages cévenols

La fenêtre officielle de randonnée s’étend de mars à octobre. Chaque saison a son visage : le printemps pour les floraisons et la transhumance vers l’estive, l’été pour les longues journées — à condition de marcher tôt, la chaleur en vallée pouvant être forte —, l’automne pour les couleurs des châtaigneraies et la douceur des matinées.

Le piège venu de l’automne porte un nom : l’épisode cévenol. Ces pluies diluviennes, alimentées par l’air méditerranéen bloqué par le relief, transforment les ruisseaux en torrents en quelques heures. Le guide de l’itinéraire signale explicitement le passage des ruisseaux comme dangereux en période d’orage, à compter de la mi-septembre. En cas d’alerte météo, on reporte : aucune étape ne justifie de franchir un gué en crue. Notre guide des saisons en Cévennes détaille mois par mois le climat du massif et les périodes à privilégier.

L’hiver, la boucle n’est pas recommandée : neige possible sur les crêtes entre 1 000 et 1 168 mètres, hébergements fermés, journées courtes. Le GR67 est un sentier de 3 saisons.

GR67, GR66, GR70 ou GR700 : quel itinéraire choisir ?

Le massif cévenol compte plusieurs grands itinéraires, et le choix dépend de votre projet. Le GR66 fait le tour du mont Aigoual en une boucle plus courte et plus haute, idéale pour 3 à 4 jours. Le GR70, le chemin de Stevenson, traverse le massif du nord au sud sur les pas de l’écrivain écossais : c’est le plus célèbre et le plus fréquenté. Le GR700, la voie Régordane, est un axe historique nord-sud, plus long, entre Le Puy et Saint-Gilles.

Le GR67 se distingue par 3 atouts : la boucle complète qui simplifie la logistique, une fréquentation inférieure à celle du GR70 — c’est un excellent choix pour les randonneurs désireux de s’aventurer sur un chemin moins couru, selon Cévennes Tourisme —, et une densité patrimoniale remarquable, du pays camisard aux bancels. Si vous aimez ce format de boucle de moyenne montagne entre vallées et crêtes, les gorges du Chavanon et le viaduc de la Loutre, en Combrailles offrent une randonnée d’esprit voisin dans un autre coin du Massif central.

Conclusion : la boucle cévenole par excellence

Le GR67 condense en 125 kilomètres tout ce qui fait l’identité des Cévennes : les crêtes et les drailles, les faïsses et les châtaigniers, les villages de schiste et la mémoire du Désert. Une semaine de marche au départ d’Anduze, 3 690 mètres de dénivelé cumulé, et la satisfaction rare de revenir au point de départ par ses propres pas, après avoir fait le tour d’un pays entier.

Que vous visiez le tour complet en 7 étapes ou la version sud en 3 jours, préparez l’itinéraire avec soin : hébergements réservés, cartes IGN dans le sac, météo surveillée à l’automne. Le Tour du Pays cévenol récompense largement cet effort — c’est, à bien des égards, la plus complète des randonnées cévenoles.